Bertrand Hieaux, Trésorier de la FIGEC, définit la Fédération comme traceur et équilibreur dans la crise financière actuelle.
Bertrand Hieaux, pourquoi avez-vous récemment titré un article « Lettre ouverte aux banquiers qui ont perdu la raison » (Le Nouvel Économiste n° 1469 - 26 mars/1er avril 2009.) ?
La crise actuelle est la conséquence de pratiques déraisonnables au niveau mondial, de la part des acteurs des marchés financiers et des banques en particulier.
Ces pratiques ont des conséquences quasiment planétaires. Ce faisant, même si les établissements français se sont globalement distingués par leur vertu, les entreprises et les particuliers souffrent en France des conséquences de cette dérive.
Pour quels lendemains ?
Sujet brûlant, sur lequel il me semble bien imprudent de s’aventurer. Quand assisterons-nous à un vrai début de reprise ? Cette reprise sera-t-elle inflationniste ? Si oui, au bout de combien de temps ?
Ce qui est certain, c’est que pour deux raisons essentielles, la situation de la France est particulière.
D’une part, elle n’a pas été exposée en début de crise comme ont pu l’être l’Allemagne ou le Japon par exemple, du fait de leurs forts taux d’exportation et donc d’exposition directe à la croissance économique mondiale.
D’autre part, les amortisseurs sociaux français (protection sociale, droit du travail etc.) ont joué leur rôle.
C’est ce qui a pu faire croire que la France serait moins touchée. En fait, les effets de la crise ne sont que décalés dans le temps et risquent de durer plus longtemps parce que la France part chargée du poids plus que trentenaire de sa gestion faite d’importants déficits structurels et d’une dette considérable née de ces déficits. Quand la reprise apparaîtra, elle sera probablement non seulement tardive mais aussi moins forte.
La FIGEC est-elle un témoin des conséquences de la crise ?
Plus qu’un témoin, elle est de fait un véritable traceur de la vie économique.
Les professionnels de l’information d’entreprise qu’elle réunit détectent les problèmes à la source et constituent un formidable générateur de données qui permettent de produire des études précises et rapides.
Dans le domaine des créances commerciales, tous nos indicateurs prouvent la généralisation d’un climat de crainte, qui agit comme un poison et aggrave le problème.
Le comportement de paiement des particuliers est lui aussi d’une extrême prudence, sans doute excessive. Mais comment reprocher à quelqu’un d’être prudent quand il a dans son environnement direct un ou plusieurs proches touchés par la crise. Le constat est simple : de plus en plus de gens sont endettés, les dettes de plus en plus importantes pour des ressources de plus en plus faibles et moins assurées.
Comment les membres de la FIGEC gèrent-ils les effets de cette crise profonde ?
Postulat de départ : on ne peut pas baser une économie sur le non-paiement de ses achats et des dettes. L’ensemble des acteurs, qu’ils soient clients ou fournisseurs, en seraient dramatiquement fragilisés.
Notre rôle est d’éviter l’hémorragie. Plus que jamais, peut-être, il faut tout faire pour maintenir la relation client/fournisseur, emprunteur/prêteur. Plus que jamais, nos activités font de nous des professionnels de l’intermédiation. Nous avons tous renforcé notre secteur amiable, et n’entamons d’actions judiciaires que quand on ne peut plus rien faire d’autre ; le recours aux actions judiciaires est mal vécu, par tout le monde. Chacun le comprendra.
C’est un véritable métier. C’est le nôtre.
Pour conclure ?
La relance de l’économie ne pourra pas se faire sur un terrain friable. Ce que nous faisons contribue non seulement à ne pas aggraver la situation, mais aussi à restaurer la confiance. Nous sommes des acteurs essentiels de la chaîne économique et en ce sens, nous participons à son bon équilibre.
Bertrand Hieaux, Trésorier de la FIGEC, est également Directeur général délégué du groupe EDC, Directeur général délégué du Comptoir Fiduciaire de Paris (filiale de l’EDC), ancien dirigeant de banques et ancien président de Chambre de Commerce et d’Industrie.