Emmanuel Texier, vous dites que le gros de la crise est passé.
Pouvez-vous préciser votre pensée ?
Si effectivement, le gros de la crise paraît maintenant passé, on assiste aujourd’hui à un léger infléchissement. Qui
plus est, les effets de cette crise profonde continuent à perdurer : on n’efface pas en un jour une longue période de difficultés financières, et cela vaut autant pour les entreprises que pour les particuliers.
Côté crédit aux entreprises ?
L’heure est peu à la prise de risque, et donc peu à la demande de crédit. Le problème aujourd’hui est moins lié à une question bancaire qu’à un assoupissement du marché, qui ne demande d’ailleurs qu’à se réveiller. Nous sommes plutôt dans un passage d’attente, de prudence.
La collecte, la combinaison et la restitution des données publiques suffit-elle à délivrer une information suffisante ?
Il faut aller au-delà. Entre l’arrêté d’un bilan, son approbation et sa publication, plus de six mois se sont écoulés. L’information arrive donc relativement tardivement et nous avons à gérer ce décalage par des estimations au plus juste. Les membres de la FIGEC s’engagent à performer la rapidité de cette collecte et le croisement des vérifications.
Voilà une dizaine d’années, fort de sa base de données exhaustive, Coface Services créait un outil d’analyse : l’observatoire des défaillances.
Altarès, Euler-SFAC… créaient leur propre outil. Cette diversité me convient : d’une part je suis en général contre la pensée unique et d’autre part chacun possède ses spécificités.
Nous collectons les données des greffes, d’autres celles des journaux officiels, et les enseignements que chacun tire de ces fabuleuses sources d’information donnent de précieux indicateurs.
L’observatoire publie par exemple les 20 plus grosses défaillances françaises, par mois, par ville et en indiquant le total de leur passif*.
On mesure bien l’impact sur les emplois, les répercussions sur les fournisseurs, et la cascade que cela entraîne : globalement, le tissu
économique s’appauvrit.
La crise a-t-elle fait changer le comportement des métiers de la FIGEC ?
On assiste à l’émergence d’un nouveau service externalisé, celui de relances de factures, qui intervient avant l’incident de paiement et donc le recouvrement de créances. Les raisons en sont simples : malgré la loi d’harmonisation des délais de paiement (article 21 de la LME, du 4 août 2008, application depuis le 1er janvier 2009), ces derniers ont tendance à s’allonger. Des accords directs sont passés entre entreprises principalement pour préserver leurs relations commerciales.
De plus, le recouvrement est de plus en plus difficile, et ses délais d’encaissement s’allongent. Il fallait créer de nouveaux outils pour
assouplir le crédit interentreprises.
Quant aux mauvais payeurs, il y en a et il y en aura toujours, et il est à prévoir que tous les outils classiques resteront longtemps d’actualité.
Dernière phase des services apportés : la notation d’entreprises. Quelles en sont les spécificités, les évolutions ?
Nous veillons tous à conserver notre objectif : pouvoir en toute indépendance évaluer correctement les entreprises.
Nous pensons avoir un rôle indispensable dans l’économie car nous sommes au coeur du crédit interentreprises.
Chacun des membres de la FIGEC a mis au point son système de notation. J’insiste sur le fait que ces systèmes sont réalisés en toute
indépendance, et que cette volonté respecte les règles de conformité et de déontologie édictées par la fédération. Cette contrainte est
acceptée par tous et est maintenant reconnue par le marché, elle permet d’éviter les effets secondaires auxquels on a pu récemment assister.
Pour que ces notations aient un sens, nous nous obligeons à une plus grande exigence quant à la source et à la qualité des informations.
Cette exigence s’est renforcée depuis le début de la crise, les procédures sont devenues de plus en plus transparentes. Coface Services, Altarès et leurs homologues se sont équipés d’outils dont leurs clients bénéficieront même après la crise.

- Observatoire des défaillances - Avril 2010

- Observatoire des défaillances - Mai 2010

- Observatoire des défaillances - Juin 2010